A la lumière d'un Atelier...
se souvenir...
...chaque jour pourtant, la Lumière y dessine la matière. Semblable aux gouttes de sueur, sur l’outil elle ruiselle. Serait-ce là quelques larmes d’amertume? Orphelin d’une experte main, ils attendent tous, impassibles. Solitaires ou groupés, visqueux ou patinés, ils n’ont plus que leur histoire, leur mémoire. La rigueur de leur existence leur donne maintenant l’insolence d’un repos bien mérité. Leur souvenir, c’est cette matière que plus personne ne soignera, ou jamais avec autant d’amour.

Le Médecin s’en est allé... boîteux tu es, boîteux tu resteras, rouillé, lépreux tu partiras, agonisant, mourant tu finiras

«Lui savait nous soigner, nous graisser, nous offrir une seconde chance, une seconde vie...» ont-ils envie de crier, mais rien que ce Silence. L’Incurable par essence devenait le miraculé en puissance par la subtile magie du geste. Nul besoin d’être chimiste ou physicien, au plus petit de l’infini petit, au plus grand de l’infiniment grand, un simple souffle, un regard, et la matière se fait docile, compatibilité atomique oblige...

J’ai le souvenir de cette «Muse Malade» qui s’est confiée: «Tu me fais tourner la tête...» m’a-t-elle sussuré sous un jet de lumière. Elle sombrait dans la solitude, dans un Délirium Tremens tournoyant dont bien souvent les ex-stars ne se relèvent plus. Je lui répondis que je n’étais qu’un voleur de matière mais elle resta là, offerte et silencieuse mais tellement inaccessible.

Tu es matière et tu retourneras à la Matière...

E.Gavillet 17 avril 1996